After Sixty Guides

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Repenser l'alcool après 60 ans

Édition de lecture gratuite

Programmes de trente jours

  1. Commencez un carnet. Notez le tout prochain verre au moment de servir, avec sa taille approximative et l'heure. (Buveur important ou quotidien ? Faites plutôt de l'action du jour un appel à votre médecin.)
  2. Servez votre verre habituel, puis versez-le une fois dans un verre doseur pour voir ce qu'il contient vraiment. Étalonnez votre œil.
  3. Notez ce matin sur dix pour la sensation de repos, et une seconde fois pour l'humeur. Écrivez les deux.
  4. Repérez, sans rien changer, le moment exact où arrive aujourd'hui votre premier verre automatique. Nommez le déclencheur en une phrase.
  5. Lisez la mention « alcool » sur la notice ou la boîte d'un de vos médicaments. Remarquez seulement si elle est là.
  6. Additionnez votre carnet jusqu'ici. Sans jugement, juste le chiffre honnête et le motif que vous repérez.
  7. Journée de repos pour le plan. Continuez le carnet, mais ne faites rien de nouveau. Laissez l'image de la première semaine se poser.
  8. Mettez au frais et à portée de main quelque chose que vous aimez vraiment et qui n'est pas de l'alcool, prêt pour ce soir.
  9. Ce soir, buvez un verre d'eau avant votre premier verre d'alcool. Ne remarquez rien d'autre, ajoutez seulement l'eau.
  10. Déplacez l'endroit où vit la bouteille, pour qu'un deuxième verre demande un déplacement et que le remplaçant soit le geste facile.
  11. Servez dans un verre plus petit ce soir. Laissez le récipient décider de la quantité à la place de votre humeur.
  12. Nommez votre « pourquoi » en une phrase honnête et écrivez-la sur une carte. Tournez-la vers ce que vous voulez.
  13. Rangez la bouteille après avoir servi ce soir, pour qu'un deuxième verre soit une décision et non un geste.
  14. Regardez la semaine écoulée. Quel petit changement a été le plus facile ? C'est celui-là qu'il faut garder.
  15. Identifiez l'heure la plus vide de votre journée, celle que le verre remplit souvent, et nommez-la.
  16. Donnez un travail à cette heure demain : une marche, un appel, une tâche, une émission gardée pour elle seule.
  17. Proposez à une personne un rendez-vous régulier : un appel hebdomadaire, un café, n'importe quoi de récurrent.
  18. Terminez honnêtement la phrase « mon verre du soir sert surtout à ______ ». Ne jugez pas la réponse.
  19. Essayez votre phrase sociale à voix haute chez vous. « Je lève un peu le pied en ce moment. » Écoutez comme elle sonne ordinaire.
  20. Faites plus tôt, avant tout verre, la chose qui demande toute votre stabilité : le tabouret, l'escalier, la course à faire.
  21. Journée de repos. Remarquez ce que ces trois semaines donnent, comparées à la première. Remarquez, c'est tout.
  22. Notez à nouveau un matin, repos et humeur sur dix, et comparez honnêtement avec le jour 3.
  23. Rassemblez vos médicaments dans un sac près de la porte, en vue du point avec votre pharmacien.
  24. Donnez-vous une règle fixe sur l'alcool et la conduite, décidée maintenant, la tête claire. Écrivez-la.
  25. Choisissez le changement du mois qui a le plus aidé et engagez-vous à garder celui-là, uniquement.
  26. Écrivez votre règle des mauvais jours, une phrase, pour les soirs qui ne se passent pas comme prévu.
  27. Ayez la conversation avec le pharmacien ou le médecin, ou prenez le rendez-vous, avec votre chiffre hebdomadaire honnête en main.
  28. Regardez le carnet du mois entier. Nommez une chose vraie qu'il vous a apprise sur votre propre vie.
  29. Décidez, simplement, à quoi ressemble la version tenable à partir d'ici. Moins ? Plus du tout ? Avec l'aide d'un médecin ?
  30. Ne faites rien d'autre que remarquer comment vous vous sentez ce matin par rapport au premier jour, et soyez bienveillant avec ce que vous trouvez.

Les mots à dire

Fiches, phrases et cadres réutilisables

Voici les outils du livre, rassemblés au même endroit pour que vous puissiez les recopier sans les chercher. Servez-vous de ce qui aide, laissez le reste. Ils sont à vous.

Le carnet d'une semaine

Pendant sept jours, notez chaque verre au moment de servir, jamais de mémoire au coucher. Ne changez rien cette semaine-là : c'est une semaine de mesure, pas une semaine de réduction.

Pour chaque verre, notez trois choses : - Ce que c'était (vin, bière, spiritueux, et à peu près son degré) - La taille réelle de ce que vous avez servi - L'heure et, si vous voulez, l'émotion ou la situation

À la fin de la semaine, faites le total et cherchez le motif : quels jours, quelles heures, quelles émotions et quelles personnes regroupent la consommation. Le total vous dit où vous en êtes. Le motif vous dit où un changement ferait le plus d'effet.

L'inventaire « à quoi ça sert »

Deux colonnes, sur une page.

À gauche : à quoi le verre me sert. Le vrai travail : marquer la fin de la journée, remplir une heure vide, calmer l'anxiété, adoucir la solitude, une petite récompense. Aucune mauvaise réponse, aucun jugement.

À droite : quoi d'autre pourrait faire ce travail. Pour chaque fonction réelle, une solution de rechange qui pourrait le faire, même en partie : un rituel, une personne, un projet, un professionnel. Vous ne résoudrez pas tout sur le papier, mais vous transformerez « boire moins » en un travail précis à réattribuer.

La fiche de conception

Répondez à quatre choses une fois, et scotchez-la à l'intérieur d'un placard.

Questions pour votre médecin ou votre pharmacien

Apportez vos médicaments dans un sac et votre chiffre hebdomadaire honnête. Posez ces questions, et notez les réponses :

Phrases pour les moments sociaux

Répétez-les une fois à voix haute pour qu'elles viennent facilement le moment venu.

La règle des mauvais jours

Écrivez une phrase, à l'avance, pour ce que vous ferez quand une soirée tourne mal, afin de ne pas décider sur le moment. Un bon modèle : « Un mauvais jour est un mauvais jour. Je recommence demain, sans discours. »

Votre cercle de soutien

Des cercles concentriques de soutien — soi, les proches de confiance, la communauté, les professionnels — représentés par des personnes et des symboles, sans aucun mot.

Changer une habitude tout seul est plus difficile que nécessaire. La plupart des gens ont plus de soutien disponible qu'ils n'en utilisent, et cette fiche aide à le voir. Imaginez quatre cercles, du centre vers l'extérieur, et écrivez un nom ou une ressource dans chacun.

Au centre, vous. Votre honnêteté, votre carnet, vos raisons, votre bienveillance envers vous-même. Ce cercle est toujours là, et tout le reste le soutient plutôt qu'il ne le remplace.

Le cercle suivant, vos proches de confiance. Une ou deux personnes avec qui vous pourriez être vraiment franc là-dessus. Un conjoint, un frère ou une sœur, un vieil ami, un enfant adulte. Vous n'avez pas besoin d'une foule. Une personne qui ne juge pas suffit à tout changer. Écrivez son nom.

Le troisième cercle, la vie locale. Les endroits réguliers et peu coûteux où vivent le lien et la structure : un groupe de marche, un cours, une paroisse, un club de retraités, le CCAS de votre commune, une mission de bénévolat, un groupe de parole si vous en voulez un. Ce sont eux qui remplissent les heures vides que le verre possédait. Nommez-en au moins un que vous pourriez réellement atteindre.

Le cercle extérieur, les professionnels. Votre médecin traitant, votre pharmacien, un psychologue, une ligne d'écoute, un médecin addictologue, le CSAPA le plus proche. Ce cercle est là pour les questions auxquelles les cercles intérieurs ne peuvent pas répondre, surtout les questions médicales, et c'est le cercle indispensable pour tout buveur important ou quotidien qui envisage d'arrêter. Écrivez-y au moins un nom et un numéro, aujourd'hui.

Les cercles travaillent ensemble. La plupart des gens s'appuient trop lourdement sur le centre, en essayant de tout faire seuls, alors que les cercles extérieurs sont juste là, disponibles, et souvent gratuits. Remplir ne serait-ce qu'un nom dans chaque cercle transforme « je fais ça tout seul » en « voilà qui est autour de moi », ce qui est une image plus juste et beaucoup plus utilisable.


Fiche mémo

Un chemin de décision en quatre étapes, montré comme quatre stations visuelles qu'une personne âgée traverse calmement, sans aucun mot.

Recopiez ceci sur une carte, pour le frigo ou le portefeuille. C'est tout le livre en un coup d'œil.

La règle de sécurité qui prime sur tout. Si vous buvez beaucoup ou tous les jours, n'arrêtez pas brutalement tout seul. Parlez d'abord à un médecin de la façon de changer votre consommation sans danger. Un sevrage soudain peut être dangereux.

Signes d'urgence après une réduction ou un arrêt. Tremblements sévères, confusion, cœur qui s'emballe, fièvre, crise convulsive, hallucinations visuelles ou auditives. C'est une urgence médicale. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112. N'attendez pas que cela passe.

La pause en quatre temps, pour n'importe quel moment de boisson. - Pause. Repérez le déclencheur avant de servir : l'heure, le lieu, l'émotion. - Clarifier. À quoi sert ce verre, là, maintenant ? Est-ce que j'en ai vraiment envie ? - Agir. Prenez le remplaçant, le plus petit verre, l'eau d'abord, ou le verre — mais exprès. - Revoir. Demain matin, notez le repos et l'humeur. Laissez la tendance, et non la journée, vous guider.

À retenir, en une ligne chacun. - Le même verre est une dose plus forte qu'avant. Pas de la faiblesse, de la chimie. - Vous buvez presque certainement plus que vous ne le croyez. Comptez-le une fois, honnêtement. - L'alcool aide à s'endormir et détruit le sommeil dans lequel on tombe. - « Je me sens bien avec mes comprimés » ne veut pas dire que le mélange est sûr. Demandez à un pharmacien. - Le danger n'est pas d'être ivre, c'est d'être légèrement ralenti à un âge où la marge est plus fine. - Lever le pied est une conception, pas de la volonté. Changez le sillon, pas seulement votre résolution. - Une phrase courte et légère ferme n'importe quel moment social. « Je lève un peu le pied en ce moment. » - Un mauvais jour est un mauvais jour. On recommence demain, sans discours.

Qui appeler, en France. - Urgence vitale : le 15 (SAMU) ou le 112. Pour des pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24 et 7j/7. - Alcool info service — 0 980 980 930, tous les jours de 8h à 2h, anonyme, au prix d'un appel local (non surtaxé). Pour vous, ou pour un proche inquiet. Chat également disponible sur alcool-info-service.fr. - Drogues info service — 0 800 23 13 13, gratuit et anonyme, tous les jours de 8h à 2h, y compris pour la dépendance aux médicaments (somnifères, anxiolytiques). - Votre médecin traitant, un CSAPA (centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie, gratuit et confidentiel), ou une consultation d'addictologie à l'hôpital. - Votre pharmacien, pour les questions de médicaments : c'est la réponse la plus rapide et la plus proche de chez vous. - SOS Amitié — 09 72 39 40 50, 24h/24, au prix d'un appel local, quand il faut simplement parler à quelqu'un la nuit. - Solitud'écoute (Petits Frères des Pauvres) — 0 800 47 47 88, gratuit, tous les jours de l'année, de 15h à 20h, pour les plus de cinquante ans. - Avec nos proches — 01 84 72 94 72, 7j/7 de 8h à 22h, au prix d'un appel local, si vous accompagnez quelqu'un.

Les numéros et les horaires changent. Vérifiez-les au moment où vous en avez besoin.


Les questions vraiment posées

Est-ce que cela veut dire que je dois arrêter, puisqu'un verre fait plus d'effet ?

Pas du tout. Cela veut dire qu'un verre fait aujourd'hui ce que vous obteniez peut-être avec davantage avant, ce que certains trouvent plutôt une bonne nouvelle : le même plaisir pour moins. Ce que vous faites de cette information ne regarde que vous. Comprendre l'effet plus fort vous permet simplement de choisir exprès au lieu d'en être surpris.

Je bois la même chose depuis des années sans problème. Est-ce que cela me concerne vraiment ?

Peut-être peu, peut-être plus que vous ne le pensez. Les changements décrits ici sont progressifs et faciles à manquer, précisément parce que votre quantité est restée stable pendant que son effet montait doucement. Beaucoup de gens vont très bien et veulent simplement comprendre ce qu'ils ressentent. C'est une raison parfaitement valable de continuer à lire, et aucune raison de s'inquiéter.

Une amie de mon âge boit plus que moi et se porte bien. Pourquoi devrais-je y penser si elle n'y pense pas ?

Parce que les corps diffèrent énormément, et que ce que l'une supporte à soixante-dix ans, l'autre ne le supporte pas, selon sa santé, ses médicaments, sa corpulence, ses gènes. Vous comparer à une amie ne vous apprend presque rien d'utile sur votre propre corps, qui est le seul dans lequel vous vivez. Sa bonne soirée et votre soirée embrumée peuvent venir exactement du même nombre de verres, pour des raisons qu'aucune de vous deux ne peut voir. La seule comparaison qui compte, c'est vous aujourd'hui face à vous il y a dix ans, et le regard honnête sur la façon dont l'alcool se pose dans votre corps d'aujourd'hui.

Et si le chiffre de la semaine me fait peur ?

Alors il vous a appris quelque chose de vrai, et vous êtes mieux de le savoir que de l'ignorer. Un chiffre ne peut pas vous faire de mal. Il ne peut que vous informer. Et s'il est réellement élevé, surtout si vous buvez tous les jours, c'est exactement la situation où la bonne suite est une conversation calme avec un médecin plutôt qu'un arrêt brutal, pour des raisons que le chapitre 7 détaille entièrement. Connaître le chiffre, c'est ce qui vous permet de savoir qu'il faut avoir cette conversation.

Je ne mesure vraiment pas ce que je sers. Dois-je acheter quelque chose ?

Non. Une fois, une seule, servez votre verre habituel puis versez-le dans un verre doseur de cuisine pour voir ce qu'il contient réellement. Vous garderez cette connaissance dans l'œil pour toujours. Vous n'avez pas besoin de mesurer chaque verre jusqu'à la fin de vos jours. Vous avez besoin d'étalonner votre œil une seule fois, pour que « un verre » veuille enfin dire quelque chose de réel quand vous le dites.

Est-ce que je ne vais pas dormir plus mal sans le verre, au moins au début ?

Peut-être, quelques nuits, surtout pour l'endormissement, parce que votre corps s'était habitué à la poussée sédative. C'est réel, et c'est temporaire. Donnez-vous plus de deux ou trois nuits avant de juger : l'amélioration de la seconde moitié de la nuit met en général un peu de temps à apparaître, et elle pèse plus lourd que le démarrage plus difficile. Si le sommeil reste vraiment mauvais, cela mérite d'être signalé à votre médecin traitant pour lui-même, parce qu'il existe des façons plus douces et sans alcool d'aider le sommeil, qui ne vous réveillent pas à deux heures.

Mon humeur basse ressemble à du chagrin, pas à de l'alcool. Non ?

Ce sont peut-être bien les deux, et ils se nourrissent l'un l'autre. Le chagrin est réel et mérite de vrais soins : des gens, un professionnel, du temps. L'alcool peut se poser sur le chagrin et l'alourdir en prétendant l'alléger. Tester l'alcool ne veut pas dire que le chagrin n'est pas réel. Cela veut dire que vous retirez une chose qui rend peut-être une saison déjà dure plus dure qu'elle n'a besoin de l'être. Si le deuil est au cœur de vos soirées, sachez qu'Empreintes, l'association nationale d'accompagnement du deuil, tient une ligne d'écoute gratuite au 01 42 38 08 08, et que votre médecin traitant peut vous orienter vers un psychologue. La nuit, quand tout est fermé, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50, 24 heures sur 24.

Une boisson chaude au coucher, n'est-ce pas un réconfort que j'ai mérité à mon âge ?

Absolument, et vous pouvez garder le réconfort sans garder la partie qui détruit votre sommeil. Le rituel — la tasse chaude, le calme, l'installation — est réellement apaisant, et rien de cet apaisement ne venait de l'alcool. Il venait de la pause et de la chaleur. Une infusion sans théine vous offre toute la cérémonie réconfortante et vous laisse en plus dormir jusqu'au matin. On ne vous demande pas de renoncer au réconfort que vous avez mérité. On vous propose le même réconfort avec le réveil de trois heures en moins, ce qui est un meilleur marché, pas un moins bon.

Je me sens bien quand je bois avec mes comprimés. Cela ne veut-il pas dire que c'est bon ?

Pas forcément, et c'est le point discrètement important. Certaines des pires interactions — le saignement digestif, les effets sur un anticoagulant, l'accumulation lente d'un médicament — ne s'annoncent pas par une sensation. Robert se sentait très bien jusqu'à l'hématome. « Je me sens bien » est une vraie information sur ce que vous ressentez, et aucune information sur ce qui se passe là où vous ne sentez rien. C'est exactement pourquoi on demande au lieu de supposer.

Le pharmacien n'est-il pas trop occupé pour cela ?

Cela fait franchement partie de son métier, et la plupart sont contents de le faire, parce que c'est ce pour quoi ils ont été formés et qu'on le leur demande rarement. Vous pouvez même appeler avant pour choisir un moment plus calme. Dix minutes d'attention d'un pharmacien sur vos vraies boîtes valent mieux que n'importe quel article général, parce que cela parle de vous.

Je rentre en voiture après deux bières depuis quarante ans et je n'ai jamais eu d'ennui. Pourquoi changer maintenant ?

Parce que le vous qui conduit a changé, même si les deux bières, elles, n'ont pas bougé. La marge que vous dépensiez il y a quarante ans était plus large. Les quarante ans sans accroc de Thierry n'ont pas empêché son temps de retard : ils voulaient seulement dire que le chevreuil n'était pas encore venu. Un dossier vierge, c'est de la chance plus de la marge, et c'est la marge qui rétrécit sans bruit. Décider à l'avance ne vous coûte presque rien et vous rachète cette marge.

Prévoir une chute, n'est-ce pas accepter d'être vieux et fragile ?

C'est exactement l'inverse. Les gens qui perdent leur indépendance à cause d'une chute sont très souvent ceux qui se sentaient trop capables pour la prévoir. Ranger le tapis n'est pas de la fragilité. C'est la même prévoyance compétente que vous appliqueriez à n'importe quel risque pris au sérieux. La fragilité, c'est d'être pris au dépourvu. Une lumière franche et un passage dégagé sont ce qui vous garde chez vous, à vos conditions.

Et si lever le pied ne tient pas, et que je reviens sans arrêt là où j'en étais ?

Alors c'est une information réelle et utile, pas un verdict sur votre caractère. Pour certaines personnes, surtout les gros buveurs, lever le pied est franchement plus difficile qu'arrêter, et le retour en arrière répété peut être le signe qu'une conversation avec un médecin ou un professionnel de l'addictologie vaut mieux qu'une nouvelle tentative en solitaire. Ce n'est pas un échec. C'est comme appeler le plombier après le troisième essai avec la clé à molette : sensé, et nullement honteux. Le chapitre 7 et les dernières pages vous disent à qui vous adresser.

Suis-je obligé de dire aux gens que je lève le pied ?

Seulement si vous en avez envie. Beaucoup de substitutions se font sans annonce — une eau pétillante dans un verre à vin ne suscite aucun commentaire — et nous vous donnerons au chapitre 9 des phrases faciles pour les moments où quelqu'un pose la question. C'est vous qui décidez du degré de discrétion. Cela vous regarde, et cela ne regarde personne d'autre.

Est-ce que le dire à une seule personne aiderait, même si je garde le reste pour moi ?

Pour beaucoup de gens, oui, discrètement et beaucoup. Il y a quelque chose, dans le fait de dire un plan à voix haute à une personne de confiance, qui le rend plus réel et plus facile à tenir — non parce qu'elle vous surveillera, mais parce que vous avez transformé une intention privée en quelque chose qui a un témoin. Choisissez quelqu'un de bienveillant qui n'en fera pas un projet, et dites-lui la version simple : « J'essaie de boire un peu moins, et ça m'aide de l'avoir dit à quelqu'un. » C'est tout. Vous gardez toute votre discrétion vis-à-vis des autres, et vous gagnez un petit soutien qui ne coûte rien et n'exige rien. Monique l'a dit à une de ses filles, et elle raconte que le « alors, ça va ? » de temps en temps valait plus que toutes les règles qu'elle avait pu se fixer.

Comment savoir si je bois assez pour être à risque, ou si j'exagère ?

Vous n'avez pas à le savoir, et vous ne devriez pas essayer d'en juger vous-même : c'est précisément à cela que sert le professionnel. Si vous buvez tous les jours, ou en grande quantité, ou si vous vous êtes déjà senti tremblant, en sueur ou malade quand vous n'aviez pas pu boire pendant un moment, ce sont des raisons de demander plutôt que de deviner. Pencher du côté du coup de téléphone ne vous coûte rien. Pencher de l'autre côté est l'erreur qui a fait du mal à Serge. Dans le doute, demandez.

Si j'appelle une ligne d'écoute ou un médecin, vais-je perdre le contrôle de ce qui m'arrive ?

Non. Une conversation n'est qu'une conversation, et vous restez celui qui prend chaque décision concernant sa propre vie et ses propres soins. Une ligne d'écoute peut être totalement anonyme. Une consultation est confidentielle et vous la menez. Personne ne prend la main. On vous informe, on vous propose des options, et chaque choix reste entre vos mains, ce qui est exactement comme cela doit être.

J'ai déjà essayé de construire des choses nouvelles et elles ne tiennent pas. Pourquoi celles-ci tiendraient-elles ?

Parce que vous les construirez dans le créneau précis que le verre occupait, à l'heure précise, ce qui est très différent d'une vague résolution de « sortir davantage ». Le groupe de marche de dix-sept heures trente tient parce que dix-sept heures trente était le moment exact de l'ancien déclencheur. Visez la chose nouvelle précisément sur l'ancien sillon, et non sur votre vie en général : elle aura un endroit où s'accrocher.

Et les amis dont toute la relation avec moi tourne autour de l'apéritif ? Vais-je les perdre ?

Certaines amitiés tiennent à l'activité plus qu'on n'aimerait le croire, et quelques-unes peuvent tiédir si la boisson était le fil principal, ce qui est réel et parfois triste. Mais la plupart survivent sans peine dès que vous êtes détendu là-dessus, parce qu'elles tenaient à la personne, pas au verre. Et il vaut la peine de se demander doucement si une amitié qui ne survit pas à votre eau pétillante était aussi solide que vous le pensiez. Les bonnes s'adaptent à vous.

Je ne veux pas devenir celui qui fait la morale sur l'alcool. Comment l'éviter ?

En faisant exactement ce que vous craignez de ne pas faire : en parlant de vous et en restant bref. La version moralisatrice explique, se justifie et commente le verre des autres. La version légère commande son eau pétillante, ferme le sujet d'un sourire et demande des nouvelles de vos petits-enfants. Personne n'a jamais été mis mal à l'aise par quelqu'un tranquillement à l'aise avec son propre choix. Soyez cela, et la morale n'arrivera jamais.

Et si c'est moi qui reçois, et que mon monde s'attend à un bar bien garni ?

Vous pouvez être un hôte généreux et changer ce que vous buvez personnellement, et vous pouvez même déplacer un peu la pièce sans rien annoncer. Sortez quelque chose de vraiment appétissant qui ne contient pas d'alcool — une belle carafe de quelque chose, pas une bouteille d'eau triste dans un coin — et proposez-le en premier, avec la même chaleur que le vin. Beaucoup d'invités, devant une vraie option sans alcool qui leur plaît, la prennent volontiers, parce qu'un bon nombre d'entre eux repensent discrètement à leur propre consommation et attendaient juste la permission. Vous donnez le ton chez vous. Personne n'a droit à une bouteille précise pour se sentir bienvenu à votre table, et l'accueil n'a jamais vraiment tenu à l'alcool.

Quatre-vingt-dix jours, c'est long. Je ne peux pas aller plus vite ?

Vous pouvez aller plus vite si cela vous convient, mais les phases existent parce que la précipitation est la façon la plus courante dont cela échoue : changer avant d'avoir vu, attendre que ce soit acquis avant que les choses se soient posées. Ici, le lent n'est pas le chemin touristique. C'est le chemin fiable. Ceux qui boivent encore comme ils le voulaient un an plus tard sont presque toujours ceux qui ont pris leur temps au départ.

Que se passe-t-il après le quatre-vingt-dixième jour ?

Rien de spectaculaire, et c'est le but. Le quatre-vingt-onzième jour est simplement un jour où vous vivez un peu différemment, avec des habitudes qui ont eu le temps de prendre. Certains enchaînent quatre-vingt-dix jours de plus avec un nouvel objectif. La plupart vivent simplement dans la version qu'ils ont construite et font le point de temps en temps. Il n'y a pas de ligne d'arrivée et pas de médaille, juste une façon de boire — ou de ne pas boire — qui va enfin avec la vie que vous avez.

Et si j'arrive au bout sans être là où j'espérais ?

Alors vous êtes plus avancé que celui qui n'a jamais commencé, et vous avez de vraies informations sur ce qui marche et ne marche pas pour vous, ce qui est exactement le matériau de l'étape suivante. « Pas là où j'espérais » est une position normale au quatre-vingt-dixième jour, pas un échec du plan. Peut-être que le changement choisi n'était pas le bon, ou que le rythme était trop rapide, ou que quelque chose dessous — une saison difficile, un deuil, une solitude — demande d'abord sa propre attention. Tout cela se travaille. Et si la réponse honnête est que le changement mené seul se heurte toujours au même mur, surtout pour un buveur important, le quatre-vingt-dixième jour est un très bon moment pour faire appel à un professionnel plutôt que de recommencer le même plan en solitaire. Ce n'est pas renoncer. C'est prendre de meilleurs outils pour un travail qui s'est révélé en demander.

Les mots que ce livre éclaircit

Verre standard
Une quantité d'alcool précise et modeste, utilisée dans tous les repères : à peu près ce que sert un café, un ballon de vin, un demi de bière ordinaire, une dose de spiritueux. Les services de la vraie vie sont en général plus grands, ce qui explique que ce qui ressemble à « un » en vaut souvent deux.
Tolérance
Quand un corps habitué à l'alcool régulier réagit moins à la même quantité, si bien qu'il en faut davantage pour ressentir l'effet. La tolérance qui monte est l'une des façons dont la consommation grandit sans bruit, et c'est aussi une des raisons pour lesquelles arrêter d'un coup peut être risqué chez un gros buveur.
Sevrage
L'ensemble des symptômes qui peuvent apparaître quand un corps habitué à une consommation importante et régulière n'en a soudain plus. Les formes légères sont désagréables ; les formes sérieuses — tremblements, confusion, convulsions — sont une urgence médicale. C'est la raison pour laquelle un buveur important ou quotidien ne doit jamais arrêter brusquement seul.
Interaction
Quand l'alcool et un médicament s'influencent mutuellement : l'un rendant l'autre plus fort, plus faible, plus durable, ou plus irritant pour l'organisme. Fréquent après soixante ans, puisque la plupart des gens prennent plusieurs médicaments. Votre pharmacien peut vous dire lesquels des vôtres comptent.
Dépresseur
Une substance qui ralentit le système nerveux. L'alcool en est un, ce qui explique qu'il endorme d'abord, et aussi qu'il puisse creuser l'humeur basse et l'anxiété une fois la remontée initiale dissipée.
Déclencheur
Le signal — une heure, un lieu, une émotion, une personne — qui met en route un rituel de boisson avant tout choix conscient. Changer ce qui se passe au moment du déclencheur est le cœur d'une réduction réussie.
Rebond
Le retour de balancier après la dissipation de l'alcool : plus d'éveil dans la nuit une fois la sédation levée, plus d'anxiété une fois le calme parti. C'est ce qui explique le réveil de deux heures du matin et l'humeur basse du lendemain.
Addictologue
Un médecin spécifiquement formé pour aider les gens à changer leur relation à l'alcool et aux autres substances, en sécurité et sans jugement. L'un des professionnels du cercle extérieur qu'il vaut la peine de savoir exister.
Modération
Boire moins, ou plus volontairement, plutôt qu'arrêter tout à fait. Un objectif légitime pour beaucoup de gens, surtout les buveurs les plus légers. Pas toujours la bonne voie pour un gros buveur, et c'est une question à poser à un professionnel.